C'est bien connu, la religion musulmane est fondamentalement iconoclaste. En conséquence, il est interdit de représenter par des images Dieu ou ses prophètes. Toute tentative de transgresser cet interdit entraîne de violentes indignations dans l'ensemble du monde musulman. L'affaire des caricatures danoises du  prophète est encore fraîche dans toutes les mémoires.
A ce propos, je me rappelle avoir suivi, sur la chaîne franco-allemande Arte, une enquête menée par un journaliste qui cherchait à comprendre les soubassements de cette levée de boucliers généralisée. Ses investigations l'ont emmené en Iran. Arrivé dans la capitale, il s'est trouvé dans une grande surface commerciale entièrement dédiée à la vente de tout ce qui touche de loin ou de près à l'islam. Le responsable du rayon "images pieuses" finit par dérouler devant le journaliste un grand poster qui représente sur un mode hyperréaliste le prophète Mohammed en adulte rayonnant et arborant une magnifique barbe! Cette représentation comme toutes celles que l'on peut proposer de l'image du prophète comportent une grande part d'imagination! En effet, à ma connaissance, il n'existe dans les archives et les bibliothèques du monde musulman aucune image peinte ou dessinée du visage du prophète qui ait été réalisée de son vivant !
Par le plus grands des hasards de la navigation, j'ai déniché un article publié en 2005 dans le numéro 17 de la revue "Etudes photographique", signé par
Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont et qui est  intitulé :

 

"La photographie orientaliste de Lehnert et Landrock et l'image iranienne du prophète Mahomet"

Je vous donne en lecture des extraits de cette étude :

" Depuis la fin des années 1990, des spécialistes de l'iconographie musulmane découvrent avec stupéfaction des images sur papier, imprimées en Iran, montrant le portrait du prophète Mahomet jeune en éphèbe coiffé d'un turban.(...)

Malgré l'interdiction – relative – de la représentation de la figure humaine en islam, et plus spécialement de la famille du Prophète, des images en couleurs d'Ali, le gendre de Mahomet, et de ses fils Hassan et Hussein, représentés dans un registre populaire, ne sont pas rares en Iran. Le chiisme iranien semble plus tolérant sur ce point que l'orthodoxie sunnite.

Ces personnages vénérés sont figurés avec des traits stéréotypés et des attributs facilitant leur identification. On en ignore les prototypes. En Perse, la peinture des miniatures atteint sa maturité aux xive et xve siècles. L'emprunt à l'art européen est sensible dès le siècle suivant avec la mode des portraits, à la suite de l'empire ottoman. Le Prophète lui-même est parfois représenté, et cela dès le xiiie siècle, le plus souvent le visage voilé.(...)

Les "posters" religieux iraniens contemporains sont des images élaborées à l'aide de procédés modernes permettant un jeu infini de variantes à partir d'un modèle : peinture, dessin, photographie ou mélange d'images diverses. Mais si la technique est moderne, le type de la représentation est traditionnel : fond coloré uni, couleurs juxtaposées par à-plat. Les traits, postures et attributs – l'épée bifide d'Ali par exemple – sont conventionnels.(...)"


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La légende accompagnant cette image est la suivante : "Portrait de Mohomet jeune, affiche imprimée à Téhéran, 30,5 x 20,5 cm, acquise à Téhéran à l’été 2004, coll. Sabrina Mervin.


 


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