Très souvent dans les billets publiés sur mes blogs, je fais usage d’une expression pour qualifier les photographies présentées en signalant qu’elles ont  été faites «avec ou sans alibi artistique». Il y a donc en aval de l’acte photographique une intention préalable.

En général, les images qui sont réalisées sans alibi artistique sont le fruit d’une déambulation hasardeuse. Cela correspond à l’activité du « chasseur d’images » ou, si l’on remonte vers des temps plus reculés de l’histoire humaine, à celle de la personne qui se déplaçait et vivait, au petit bonheur la chance, de chasse et de cueillette.

Les photos faites avec alibi artistique correspondent à la concrétisation d’un projet conçu et élaboré longtemps à l’avance. Cela nous rapproche du cultivateur qui prévoit et planifie ce qu’il va semer et quelle parcelle de terre il va travailler…etc. Ce projet est toujours fixé noir sur blanc dans les pages de mes agendas. De la sorte, je peux toujours, relativement à mon parcours, dater l’émergence d’un projet.

Cependant, il n’est pas exclu que les deux pratiques s’entremêlent, l’une nourrissant l’autre. Ainsi, il arrive qu’un fil conducteur ou fédérateur (au départ inconscient) se révèle au jour et prenne de la consistance au fur et à mesure qu’un ensemble de photographies réalisé sans intention préalable s’étoffe et gagne en cohérence…

L'image qui suit a été faite sans alibi artistique. Elle m'a interpellé par sa présence sur le montant d'une porte grillagée et rouillée. Située juste au-dessous de la serrure, cette scène, fruit du travail du temps, du hasard et de la rouille , a tout de suite évoqué à  mes yeux  des silhouettes humaines qui viennent de se rencontrer au détour d'un chemin...

Cette miniature définitivement figée n'a pas manqué d'entrer en résonance avec ce passage entrevu  à la faveur de mes dernières lectures: "(...)une fenêtre ouverte sur le monde, sur l'inexploré du monde - là encore, il s'agit d'un inaperçu qu'un homme s'est appliqué à rendre discernable, sensible, l'inaperçu de drames où le visible et l'invisible, la lumière et la nuit se frôlent, en s'éraflant ou se caressant, où les couleurs se meuvent à fleur d'immobilité en un double mouvement de contraction et de dilatation, où une aventure silencieuse se joue dans l'inconnu d'un espace en expansion" (L'inaperçu, Sylvie Germain, Albin michel, page 229-230).

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