16 février 2008
Etes-vous monothéiste ?
Au Maroc, la boisson nationale est le thé à la menthe! Dans les contrées les plus reculées, on ne connaît que ça! Le thé vert importé de chine ! Statistiquement, le thé à la menthe devance toute autre boisson! Une grande majorité de marocains ignore tout du large éventail coloré, raffiné et parfumé des autres thés!
En attendant l'ouverture de comptoirs de thés spécialisés, nous demeurons donc en toute logique des monothéistes!
Mais, il nous arrive de faire de timides entorses à cette règle commune! Allez, je vous invite à déguster un thé parfumé au citron-nombril (bousserra) ! C'est divin!
C'est cette variété de citron en particulier qui -une fois confite- agrémente nos tagines et nos recettes de cuisine!
Mieux connaître ce citron unique ? Cliquez ici
14 juillet 2007
Figues de barbarie
(...)
Algues gluantes
Vagues mourantes
Roses cardiaques aux tréfonds des nasses
Sur la terrasse
Tachée de fientes
L’oiseau oisif
Fumait du kif
Et le soleil confit
Fuguait loin de Safi
Piqué d’immenses figues de barbarie
Le ciel ouvert - étoilé - nous a nourris
Nous sommes restés avec Oum Kalsoum
Et des amis mangeurs de ma’joun
A mélanger le texte et le thé
Eloge des sardines grillées
A vif
Sous les palmiers chétifs
Poème de Jacq Laborde
10 juillet 2007
Figues sans barbarie
J'emprunte ce titre à Alain Senderens qui nous rappelle que la figue, originaire d'Orient, était fort appréciée des " Romains qui la dégustaient avec du jambon cuit et s'en servaient pour gaver le oies: préfiguration du foie gras, car il faut rappeler que "foie" et "figue" ont la même étymologie. Les phéniciens, grands voyageurs, la consommaient sèche lors de leurs expéditions en mer, et ont ainsi contribué à sa diffusion. C'est par ailleurs à la ruse des Corinthiens, qui mélangeaient des figues -à meilleur marché- aux raisins que Venise leur achetait, que l'on doit l'expression "mi-figue, mi-raisin".
(Alain Senderens 1991, Figues sans barbarie et autres propos de tables et recettes, éditions Robert Laffont)
Dans le livre de cuisine de Senderens, j'ai relevé quatre recettes qui mettent l'eau à la bouche :
- Tarte aux figues caramélisées à la cannelle.
- Figues rôties aux framboises et coulis de framboises
- Figues pochées sauce chocolat
- Figues à la mousse de framboise
Pour les gourmand(e)s d'entre vous, j'ai choisi de vous indiquer la recette qui marie ce fruit emblématique de la Méditerranée au chocolat :
Pour quatre personnes:
12 belles figues fraîches,
200 g de sucre,
5 cm de bâton de cannelle, 1/2 gousse de vanille,
12 zestes d'orange.
Pour la sauce chocolat:
65 g de cacao
175 g de sucre,
25 g de beurre.
Dans une casserole, mettez 200 g de sucre, la cannelle, la vanille, les zestes d'orange et 1 l d'eau. Portez à ébullition et faites frémir pendant 10 mn. Laissez refroidir. Lorsque le sirop est froid, mettez-y les figues, portez à nouveau à ébullition et retirez du feu. Laissez refroidir le sirop avec les figues dedans.
Pendant ce temps, mélangez le sucre et le cacao, versez 25 cl d'eau bouillante dessus en mélangeant à l'aide d'un fouet. Ajoutez ensuite 25 g de beurre fondu. Mettez trois figues chaudes bien égouttées dans chaque assiette et nappez de sauce chocolat. Servez aussitôt.
Vous pouvez mettre, au milieu, une boule de glace à la vanille ou au lait d'amandes. On peut également parsemer sur les figues des lamelles de fruits confits: soit des écorces d'oranges, soit du gingembre.
Sur la rive sud méditerranéenne, la saison de la figue primeur (désignée par le terme arabe [bakor] qui signifie "qui arrive tôt" ) tire à sa fin!
Patientons donc jusqu'à l'automne... Mais en attendant, vous pouvez déjà savoir quel est votre signe astrologique écologique en allant fouiner ici
Pour moi, la nature a bien fait les choses : je suis, selon ma date de naissance, du signe du figuier ! Cela tombe bien, n'est-ce pas ?
27 mai 2007
Le figuier
A Mixcoac, ville aux lèvres brûlées, seul le figuier annonce les changements de saison. Le figuier, six mois vêtu de vert sonore, les six autres ravagé, carbonisé par le soleil d'été.
Enfermé entre quatre murs (au nord, le cristal du non-savoir, paysage à inventer; au sud, la mémoire sillonnée; à l'est, le miroir; à l'ouest, la pierre et le chant du silence), j'écrivais des messages sans réponse, détruits à peine signés. Adolescence féroce: l'homme qui veut être et qui ne tient déjà plus dans ce corps étroit, étrangle l'enfant que nous sommes. (Après des années, qui je vais être et jamais ne serai, dévaste mon être, le chasse, dilapide les richesses, commerce avec la mort.) Mais à cette époque le figuier venait jusqu'à ma retraite et frappait avec insistance aux carreaux de ma fenêtre. Je sortais et pénétrais en son centre, torpeur visitée par les oiseaux, vibrations d'élytres, entrailles d'un fruit d'où tombe goutte à goutte la plénitude.
Les jours de calme, le figuier était une caravelle de jade pétrifiée, qui se balançait imperceptiblement, attachée à un mur noir qu'éclaboussait de vert la marée du printemps. Mais lorsque soufflait le vent de mars, elle se frayait, ses vertes voiles gonflées, un passage à travers la lumière et les nuages. Je grimpais à la cime, et ma tête émergeait d'entre les grandes feuilles, picorée par les oiseaux, couronnée de prophéties.
Lire mon destin dans les lignes d'une feuille de figuier!
Je te promets des luttes et un grand combat solitaire contre un être sans corps. Je te promets une course de taureaux et une blessure et une ovation. Je te promets le choeur des amis, la chute du tyran et l'écroulement de l'horizon. Je te promets l'exil et le désert, la soif et la foudre qui coupe en deux le rocher: je te promets le jet d'eau. Je te promets la plaie et les lèvres, un corps et une vision. Je te promets une flotille croisant sur un fleuve turquoise, des drapeaux et un peuple libre sur le rivage. Je te promets des yeux immenses sous la lumière desquels tu pourras t'étendre, arbre fatigué. Je te promets la hache et la charrue, l'épi et le chant, je te promets de grands nuages, des carrières pour l'oeil et un monde à bâtir.
Aujourd'hui le figuier frappe à ma porte et m'invite: dois-je saisir la hache ou entrer dans la danse ?
Octavio Paz, Liberté sur parole, Gallimard.






















