Too Banal

L'aubaine de la Lumière, l'ébène des mots, le collyre du jour et le khôl des insomnies...

19 avril 2009

Supports/sur farces

Voyons un peu nos cinq images-énigmes du billet du  jeudi 16 avril intitulé "Enigmes du zénith". Tout d'abord pourquoi ce complément du nom ? Au-delà du simple jeu des sonorités et des allitérations, ce terme "zénith" "(voir également "azimut") nous ramène étymologiquement à l'arabe "samt" qui signifie entre autres "chemin droit" et "point culminant".
Quant à lui, le titre du présent billet évoque le mouvement pictural des années soixante connu sous l'appellation : Supports/surfaces. Le seul rapport à instaurer ici avec ce courant artistique réside dans le fait qu'il s'agit dans nos images d'un phénomène qui incombe à un support. De plus, dans le cas présent, il n'y a aucun artiste à qui attribuer la paternité de ces motifs extraordinaires!

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N'oubliez pas de cliquer sur chaque image pour accroitre vos chances!

La multiplication des indices vous aide-t-elle à résoudre cette énigme et à trouver  le "chemin" qui vous mène tout droit vers la bonne réponse?  De quel support s'agit-il ? Quelle est sa matière de base ? Comment expliquer ce foisonnement de formes et de motifs ?
En fait, quand j'ai aperçu pour la première fois ces tableaux abstraits qui évoquent des univers oniriques non dénués d'inquiétude, je me suis senti dans l'excitation d'un mineur qui vient de découvrir un filon prometteur! Ce jour-là, je marchais pas loin de la grande poste qui se trouve à l'angle du boulevard Mohammed V en ville nouvelle à Fès. En face d'elle,  à l'angle du trottoir opposé, un chantier. On rénove apparemment un édifice administratif. Pour délimiter ce chantier, on a placé une  longue clôture  métallique de couleur vert foncé qui procure par endroits des reflets qui tirent vers le rose! En m'approchant davantage, je me suis rendu compte qu'il y avait là, sur la surface polie et uniforme de cette palissade, comme des incrustations spontanées qui évoquent par leurs motifs une végétation vénéneuse qui se développe et bourgeonne en  arabesques, entrelacs, tourbillons et qui nous rappelle un monde sorti tout droit de l'imagination  débridée d'un artiste qui plane...
Cela dit, je suis incapable de vous expliquer le pourquoi et le comment de ce processus ou de cette réaction à l'origine de l'apparition de ces formes...qui confèrent une touche printanière à ces froides palissades!

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16 avril 2009

Les énigmes du zénith

Pour ce billet, je vous propose non pas une devinette de type va-et-vient où la réponse demeurait à portée de clic, mais une énigme en deux temps! En premier, celui de la résoudre.  Pour cela, je vous demande au vu des cinq images-indices d'essayer de deviner par écrit de quoi il s'agit.

Ce n'est que  dans un second temps, exactement le dimanche en milieu de journée que la bonne réponse vous sera révélée! A vos plumes et à vos commentaires!

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08 avril 2009

Yes we can ya ma kan

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L'autre disait : "Yes we can!". Chez nous, on continue à conjuguer ce verbe à l'accompli de l'inaccompli : "kân ya ma kân"...( l'équivalent du "il était une fois"). Quant à l'avenir, inchallah...

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21 mars 2009

Du dépanne âge

P1110588P1110590Des fois, il faut quitter une route toute tracée qui défile rassurante au loin devant nos yeux, sortir des ornières et autres chemins battus pour renouveler notre horizon...Des fois, il est salutaire de cultiver le doute, la déroute et ce qui fait désordre, de délaisser une voie royale qui ronronne à grande vitesse pour  se perdre dans la lenteur silencieuse d'une piste voire d'une impasse, de se détourner de la surface lisse et convenue d'un paysage ou  d'un mirage, de prendre la tangente par le hors-champ des marges,  de  pro-longer une trace qui semble mener nulle part, de chercher à dénicher d'infimes signes anonymes, à  déchiffrer des paraphes invisibles, à prêter oreille à  d'inaudibles maux,  à (sou-)lever les lourdes paupières vé-rouillées des ombres  bouchées du réel,  à "Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!"...

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23 novembre 2008

Lune rouge

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Cliquez sur chaque image pour l'agrandir

Perçant les murs du village,

La tombe égorgée s'envole.

Les chauves-souris du soir affluent

Et les lanternes s'éteignent.

Perçant l'air du village, les araignées tombent

Et en récitant leurs oraisons funèbres légendaires,

Les criquets grincent terriblement...

Ravagent...les astres des ténèbres.

Les auges s'emplissent alors

De cendres, lorsque la faim expire.


Notre village est une vieille aux dents arrachées par le pain.

Sur ses seins se pavanent les hannetons, errent les charançons.

Dans ses yeux, une lanterne de ténèbres

Balancée par les saisons du limon aride.

Dans son flanc, une lame aiguisée est plantée.

Mais ni son sang ne jaillit, ni sa douleur.

Sur son crâne, un tatouage brûlant altéré.

Dans ses tresses, les soleils noirs se lèvent

Et rouillent les lunes dans leurs élégies.

Notre village fouille les fissures de l'été, à la recherche

d'un lézard vert,

De lait de corbeau et de blé de caméléon,

Et elle en vieillit. Puis s'éteint le sang prisonnier de sa matrice.

De ses cuisses file une progéniture aux yeux perdus.

Année après année, les enfants versent

Le sang primitif, dissolvent les chants légendaires

Dans l'oeil du soleil, puisent la boue dans le monde souterrain

des esprits et des rêves

Et se courbent année après année,

Sans goûter la moindre bouchée.

Les démons des ténèbres hantèrent le moulin du village.

Ils célébrèrent leurs noces dans son silence,

Dansèrent sur la rouille des auges.

Notre village, lui,  se lamentait sous le gibet des vents et la faim

Epanouissait les fleurs des chouettes et les bûches.

Les garçons frappent aux portes

Et puisent dans la lune de la famine et les étoiles muettes

Des poèmes gris

Les garçons frappent aux portes:

"Viens, par les ponts de glace,

ô soleils des cieux enneigés,

ô lune des épis, nous sommes juchés dans le noir,

Privés du goût de semoule, du vert des herbes

Et du goût de la levure expirant son acide voluptueux

Dans une matrice d'argile.

Nous sommes affamés, ô lune des épis...Pousse le moulin muet

Pour qu'il nous offre, ne serait-ce qu'une poignée de sa semoule,

mélangée au Fenugrec.

ô lune des épis et des mythes,

Eclate sur le pont de la famine...en tranches de pain "

A travers les murs du village,

Les branches du soleil primitif murmurent :

"Les auges éclatent en rire dans les moulins.

Sur tes seins, deux nerpruns

Rient dans le sang de l'enfer à la voix grave.

Leurs voix rient pour le soleil.

Elles ouvrent leur porte nocturne entre le sang et l''accouchement pénible".

Lune rouge. Poème de Mohamed Afifi Matar, in Le poème arabe moderne, Maisonneuve & Larose, pages 247-248.

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20 octobre 2008

Table des matières

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Depuis un certain temps, j'ai entamé un travail (toujours en cours) sur des portes qui ont pour caractéristique première de crouler sous le poids de leur âge! Elles sont complètement rouillées, verrouillées et condamnées... A côté des ravages et des aléas du temps, il y a également bien visibles les traces (incisions, graffiti, peintures...etc.) ajoutées par la main de l'homme...

En plus des image publiées dans les billets subsumés par la catégorie "Imaginoire", je viens de leur consacrer un petit album ici . Cet album sera étoffé au fur et à mesure que le corpus grandit...


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18 octobre 2008

intimmersion



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09 octobre 2008

Rupture spontanée ne veut pas dire divorce à l'amiable

Imaginez un instant un sablier. Dans le réceptacle inférieur, le sable accumulé forme à échelle réduite une colline. Dans le réceptacle supérieur, il y a tout le sable qui attend de glisser vers le bas. Considérons maintenant un seul grain (si vous tentez l'expérience de votre côté, je vous conseille de le peindre en rouge afin de le reconnaître facilement parmi ses congénères!) : celui qui  franchit le seuil équidistant du goulot entre les deux réceptacles pour plonger à ses risques et périls vers l'incon-nu...Il est vrai que mathématiquement et statistiquement,  la question de déterminer a priori sur quel versant de la petite colline  notre grain va s'échouer  nécessite pour sa résolution une équation à plusieurs inconnues!
Je sais que cela ne vous empêche pas de dormir sur vos deux oreilles! Mais ce sont des questions similaires qui ont été récompensées par le dernier prix  Nobel de physique!

Il s'agit exactement de "la découverte du mécanisme de rupture spontanée de symétrie en physique subatomique" ! Pour utiliser un vocabulaire plus imagée, on peut évoquer " la chute d'un crayon posé sur sa pointe qui se trouve, avant sa chute, dans un état de symétrie. Pourtant, même si aucune force ne vient agir sur lui, il finira par pencher d'un côté plutôt que d'un autre"...

La question de la symétrie fait partie des grandes énigmes de la physique. En effet, lors de la formation de l'univers, au moment du big bang, matière et antimatière ont été produites en quantités égales et auraient dû s'annuler l'une l'autre.

Mais "cela ne s'est pas passé ainsi", explique le communiqué des Nobel. "Il y a eu une minuscule déviation d'une particule supplémentaire de matière pour chaque 10 milliards de particules d'anti-matière."
"C'est cette rupture de symétrie qui semble avoir permis à notre univers de survivre" !
Vous voyez bien que la rupture spontanée entre le couple matière / antimatière n'est pas le fruit d'un divorce à l'amiable. Et que la vie et tout notre monde ne tiennent vraiment qu'à un grain de sable!

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Cliquez sur l'image pour semer la zizinie dans le couple matière-anti-matière

06 octobre 2008

Une tache, ça c-rève les yeux!

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Voilà un texte de Chen Kua (1031-1094), Mong-k'i pi-t'an (chapitre 17) :

"Vous devriez d'abord chercher un mur en ruine, et étendre soigneusement sur ce mur une pièce de soie blanche. Alors appuyez-vous sur ce mur en ruine, et matin et soir contemplez-le. Quand vous l'aurez regardé assez longtemps à travers la soie, vous verrez sur le mur ruiné des bosses et des méplats dont le tracé sinueux formera parfaitement le dessin d'un paysage. Retenez bien en esprit l'image perçue par vos yeux, alors les bosses formeront les montagnes, les fonds formeront les eaux, les creux formeront les vallées, et les failles les cours d'eau. Les parties claires constitueront les premiers plans et les parties sombres les lointains. Grâce à la faculté qu'à l'esprit de saisir les choses et l'idée de les instaurer, vous croirez voir là des personnages et des animaux, des herbes et des arbres, des créatures volantes et mouvantes allant et venant. Quand (ce spectacle)s'imposera à votre regard, vous gouvernerez votre pinceau au gré de votre pensée. Alors dans le silence de la contemplation, en état de communion spirituelle, le paysage vous apparaîtra dans sa vérité spontanée comme façonné par la Nature, sans rien qui rappelle une oeuvre humaine. Voilà ce qu'on appelle une peinture vivante. (Traduction Nicole Vandier-Nicolas)

Cette image en haut à gauche me renvoie irrésistiblement à  Henir Michaux et à ses fabuleuses encres qui s'apparentent de loin à des taches mais qui une fois approchées  nous ouvrent un univers insoupçonné! Pas la peine de crever ses yeux à la tâche pour s'en rendre compte!

Amel Z nous le rappelle ici : "La tache ouvre des mondes, elle renferme des mondes, c'est selon. Si ce précepte semble avoir été perdu, Henri Michaux l'a redécouvert lorsqu'il a lancé cet assaut épique, convoquant sur la page ces fameuses taches d'encre multiformes. D'assaut en assauts, des bestioles à moins qu'il ne se soit agi de «diables » africains se livraient à d'étranges actions, comment en tous cas ne pas songer à des armées d'insectes ou d'individus en pleine effervescence".

Sur l'image qui suit, les taches sur ce fragment rouillé d'une porte évoquent à mes yeux la guerre des étoiles!

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Cliquez sur l'image pour être dans le feu de l'action !

"Il est difficile de parler de la matière et de la magie du monde, l'une dans l'autre, à travers des traces, des signes et des jeux. Jeux de la lumière et de l'ombre, de la couleur et de son mystérieux retrait. Illusions et vestiges forment la substance des nuages, la texture du cosmos observé à l’œil nu. Il faudra bien qu'un jour on invente un dieu, un dieu très dense, pour faire contrepoids à tant d'impondérable, à tant de légèreté physique et, risquons le mot, métaphysique. Il faut de la pesanteur pour donner crédit à l'apesanteur. Pesanteur et apesanteur ont une fois pour toutes établi leur nid dans l’homme qui, de ce fait, est le lieu incomparable de la poésie. Car, pour un manieur de mots (j'en suis un), tout est affaire de poésie."

Salah Stétié  (Décomposition de l'éclair en brindilles)

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Cliquez sur cette image pour prendre la mesure de la tache trou noir...

" (...)la tache est commencement et fin. Elle est l’alpha et l’oméga, ce qui est premier et dernier ; ce vers quoi toute chose tend de façon inexorable. La tache nous cerne, elle est le cerne de notre œil quand celui-ci s’est abîmé longuement en elle. La tache met notre regard au défi, elle le fait plonger dans une contrée finie mais illimitée. Souvenez-vous de Nostalgia de Tarkovski filmant les taches suintantes des murs dans cette longue séquence où l’on entre à ciel ouvert dans la demeure inondée du poète." (Amel Z.)



 



30 septembre 2008

S h a r m A n n a


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Cliquez sur les images mais également sur le lecteur de musique Deezer pour accompagner

cet extrait de "Soie" d'Alessandro Barrico


Elle le regarda bien dans les yeux. Puis elle baissa le regard sur la première page de la lettre, papier de riz, encre noire.
- Mon seigneur bien-aimé,

Dit-elle

n'aie pas peur, ne bouge pas, garde le silence, personne ne nous verra.
Reste ainsi, je veux te regarder, je t'ai tellement regardé, mais tu n'étais pas pour moi, et à présent tu es pour moi, ne t'approche pas, je t'en prie, reste comme tu es, nous avons une nuit pour nous seuls, et je veux te regarder, jamais je ne t'ai vu ainsi, ton corps pour moi, ta peau, ferme les yeux, et caresse-toi, je t'en prie,


dit Madame Blanche, Hervé Joncour écoutait

n'ouvre pas les yeux, si tu le peux, et caresse-toi, tes mains sont si belles, j'ai rêvé d'elles tant de fois que je veux les voir maintenant, j'aime les voir ainsi, sur ta peau, continue je t'en prie, n'ouvre pas les yeux, je suis là, personne ne peut nous voir et je suis près de toi, caresse-toi mon bien-aimé seigneur, caresse ton sexe, je t'en prie, tout doucement,

elle s'arrêta, Continuez, je vous en prie, dit-il,

elle est belle, ta main sur ton sexe, ne t'arrête pas, j'aime la regarder et te regarder, mon bien-aimé seigneur, n'ouvre pas les yeux, pas encore, tu ne dois pas avoir peur, je suis près de toi, m'entends-tu ?je suis là, à te frôler, c'est de la soie, la sens-tu ? c'est la soie de ma robe, n'ouvre pas les yeux et tu auras ma peau,

dit-elle, lisant doucement, avec la voix d'une femme-enfant,

tu auras mes lèvres, quand je te toucherai pour la première fois ce sera avec mes lèvres, tu ne sauras pas où, à un certain moment tu sentiras la chaleur de mes lèvres, sur toi, tu ne sauras pas où si tu n'ouvres pas les yeux, ne les ouvre pas, tu sentiras ma bouche, tu ne sauras pas où, tout à coup,

il écoutait, immobile, de la pochette de son complet gris dépassait un mouchoir blanc, immaculé,

ce sera peut-être dans tes yeux, j'appuierai ma bouche sur tes paupières et sur tes cils, tu sentiras la chaleur pénétrer à l'intérieur de ta tête, et mes lèvres dans tes yeux, dedans, ou bien ce sera sur ton sexe, j'appuierai mes lèvres, là, et je les entrouvrirai en descendant peu à peu,

dit-elle, et sa tête était penchée sur les feuilles, et elle effleurait son cou du bout des doigts, lentement,

je laisserai ton sexe ouvrir ma bouche, pénétrer entre mes lèvres, presser contre ma langue, ma salive descendra le long de ta peau jusque dans ta main, mon baiser et ta main, l'un et l'autre mêlés, sur ton sexe,

il écoutait, il tenait son regard fixé sur un cadre d'argent, vide, accroché au mur,

et puis à la fin je baiserai ton coeur parce que je te veux, je mordrai la peau qui bat sur ton cœur parce que je te veux, et quand j'aurai ton coeur sous mes lèvres tu seras à moi, vraiment, avec ma bouche dans ton coeur tu seras à moi, pour toujours, si tu ne me crois pas alors ouvre les yeux mon bien-aimé seigneur et regarde-moi, je suis là, quelqu'un pourra-t-il jamais effacer cet instant, mon corps que la soie ne recouvre plus, tes mains qui le touchent, tes yeux qui le regardent,

dit-elle, et elle s'était penchée vers la lampe, la lumière éclairait les feuilles et passait à travers sa robe transparente,

tes doigts dans mon sexe, ta langue sur mes lèvres, toi qui glisses sous moi, et prends mes hanches, et me soulèves, et me laisses glisser sur ton sexe, doucement, quelqu'un pourrait-il effacer cela, toi qui en moi lentement bouges, tes mains sur mon visage, tes doigts dans ma bouche, le plaisir dans tes yeux, ta voix, tu bouges lentement et cela me fait presque mal, mon plaisir, ma voix,

il écoutait, il se tourna à un moment pour la regarder, la vit, voulut baisser les yeux mais ne le put,

mon corps sur le tien, ton dos qui me soulève, tes bras qui ne me laissent pas partir, les coups à l'intérieur de moi, la violence et la douceur, je vois tes yeux chercher les miens, ils veulent savoir jusqu'où me faire mal, jusqu'où tu veux, mon bien-aimé seigneur, il n'y a pas de fin, cela ne peut finir, ne le vois-tu pas ? personne jamais ne pourra effacer cet instant, pour toujours tu lanceras ta tête en arrière, en criant, pour toujours je fermerai les yeux, laissant mes larmes se détacher de mes cils, ma voix dans la tienne, ta violence à me tenir serrée, il n'y a plus de temps pour fuir ni de force pour résister, cet instant-là devait être, cet instant est, crois-moi, mon bien-aimé seigneur, et cet instant sera, maintenant et à jamais, il sera, jusqu'à la fin,

dit-elle, dans un filet de voix, puis elle s'arrêta.
Il n'y avait pas d'autres signes, sur la feuille qu'elle tenait à la main : la dernière. Mais quand elle la retourna pour la poser, elle vit au verso quelques signes encore, soigneusement alignés, encre noire au centre de la page blanche. Elle leva le regard sur Hervé Joncour. Ses yeux la fixaient, et elle comprit que c'étaient des yeux magnifiques. Elle regarda à nouveau la feuille. - Nous ne nous verrons plus, mon seigneur. Dit-elle.
- Ce qui était pour nous, nous l'avons fait, et vous le savez. Croyez-moi: nous l'avons fait pour toujours. Gardez votre vie à l'abri de moi. Et n'hésitez pas un instant, si c'est utile à votre bonheur, à oublier cette femme qui à présent vous dit, sans regret, adieu.

Elle continua quelques instants à regarder la feuille, puis la posa sur les autres, à côté d'elle.


Découvrez Susheela Raman!

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