04 mars 2008
Statut de la liberté

Cliquez sur l'image pour voir la liberté en plus grand!
18 février 2008
DIVISION
Voilà une image issue de la série non-exposée de Moroccan Graffiti
22 janvier 2008
Quelles mers résonnent au fond de nous...
Nous sommes qui nous ne
sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui
de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel
l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume
résonnant dans les profondeurs! Combien de larmes pleurées par ceux qui
obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient! Et tout cela,
durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit
et la confidence de l'abîme. Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous
leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur
ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées
hautes!
Ce que l'on a perdu, ce
que l'on aurait dû vouloir, ce que l'on a obtenu et gagné par erreur; ce que
nous avons aimé pour le perdre ensuite, en constatant alors, après l'avoir
perdu et l'aimant pour cela même, que tout d'abord nous ne l'aimions pas; ce
que nous nous imaginions penser, alors que nous sentions; ce qui était un
souvenir, alors que nous croyions à une émotion; et l'océan tout entier,
arrivant, frais et sonore, du vaste fond de la nuit tout entière, écumait
délicatement sur la grève, tandis que se déroulait ma promenade nocturne au
bord de la mer...
Qui d'entre nous sait seulement ce qu'il pense, ou ce qu'il désire? Qui sait ce qu'il est pour lui-même? Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu'elles ne peuvent exister! La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu'elles aient jamais été! Telle une voix s'élevant de cette paix de tout son long étendue, l'enroulement des vagues explose et refroidit, et l'on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.
Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité
13 janvier 2008
J'ouvre une porte...
La présence
J'ouvre une porte sur la terre
J'allume le feu de la présence
dans les nuages qui se croisent ou se poursuivent
dans l'océan et ses vagues amoureuses
dans les montagnes et leurs forêts
dans les rochers
créant pour les nuits gravides
une patrie de cendres de racines
de chants, de tonnerre et de foudre
brûlant la momie des âges
Adonis
10 janvier 2008
Juste derrière la porte...
(...)un paysage ne sera jamais un théorème, un chiffre ou une géométrie. C'est un vertige, une marche, une sensation et des fois une musique. (...) Il est des paysages comme une fête.
Gilles Lapouge, L'encre du voyageur, Albin Michel, 2007, page 245.
03 janvier 2008
Système D
02 septembre 2007
Réouverture prochaine
05 juillet 2007
Aimez-vous un ptypo Dylan ?
Pour dialoguer avec cette image, je vous invite à écouter et à visualiser cette animation en cliquant ici
29 juin 2007
Le visage du mur
Au- dessus de l’atelier de mon père était un vaste grenier sonore comme une cale de navire. Une large fenêtre, dominant toute la cour aux moutons, permettait de voir, au- delà des toits, par là-bas loin, le scintillement de la rivière, le sommeil des collines, et les nuages qui nageaient comme des poissons avec de l’ombre sous le ventre. On ne pouvait vivre dans le bas de notre maison qu'en rêvant. Il y avait trop de lèpre de terre sur les murs, trop de nuits qui sentaient le mauvais champignon, trop de bruits dans l'épaisseur des pierres. La tranquillité, on ne l'avait qu'en partant de cette maison, et, pour partir, on pouvait se servir de ces bruits, de ces nuits, de ces visages étranges que l’humidité dessinait sur les murs. On pouvait se servir de la large fenêtre [ … ]
L’humidité montait dans les murs jusqu'au grenier. Du côté qui regardait le nord donnait une ombre grise où parfois, même en plein jour, passait l'éclair blême d'un rat. Je regardais souvent ce mur. Il fallait d'abord laisser les yeux s'habituer. Je sentais mon regard qui entrait de plus en plus profond dans l'ombre. C'étaient comme des épaisseurs et des épaisseurs de ciel qu'il fallait traverser avant d'atteindre le pays. Peu à peu j'arrivais à un endroit où l'ombre s'éclaircissait, une sorte d'aurore montait le long du mur du nord, et je voyais « la dame ». C'était une tache de moisissure. Elle avait un visage ovale et un peu gras. Elle était verte, mais, le plus vert, c'était dans ses yeux, et toute la couleur de sa peau ne devait être qu'un reflet, un suintement lumineux de son regard. A la place de sa bouche, le mal du mur était allé profond jusqu'à la brique, et c'était là rouge et charnu comme de la vraie chair. Elle était autoritaire et dure à la fois pour elle‑même et pour moi. Elle cachait volontairement au fond de l'ombre moisie ces yeux verts et cette bouche que je désirais mais elle y restait toute seule, et pourtant elle savait bien que tout le monde l'aurait aimée si elle s'était montrée au jour. Elle m'imposait tous mes rêves en me regardant droit dans les yeux. Certes, à partir de moi, l'émotion de son regard s'en allait à travers ma tête en des jaillissements que je commandais seul, qui fusaient vers le vent ou vers le pas mystérieux dans l'épaisseur des murs, mais la pierre jetée dans cette flaque d'eau calme que j'étais c'était elle qui la jetait en me regardant. Elle avait des générosités soudaines et magnifiques ; certains de mes désirs terribles, elle les apaisait dans elle‑ même. D'autres fois, elle me refusait la plus simple douceur et je m'en allais, tout ballottant, sans plus rien de solide ni d'accroché dans ma poitrine; je passais, de longs jours à souffrir. Elle ne se laissait jamais attendrir par ma souffrance, mais elle attendait la bonne saison de mon cœur. Alors, quand cette bonne saison était venue, elle faisait naître en moi, d’un seul regard, le chant de toutes mes violettes et fleurir l'épais jasmin qui dansait au‑dessus de mon cœur [...]
Ce visage du mur avait encore d'autres pouvoirs et d’autres grâces. Il était humainement beau et triste. Sa beauté venait de ce qu'il était profondément humain. Le front, les joues, la bouche, les yeux, ce grand pli qui dessinait sa volute d’un seul côté des lèvres de briques, les cheveux : tout était fait de chair non protégée, de chair vive, tout était franchement offert au grand pouce maçon de la vie, sans peur des bonheurs et des souffrances. Souvent, malgré la dureté implacable de la pensée de plâtre qui blêmissait son front, je sentais dans mon humus de petit garçon la plante d'homme tressaillir. Je sentais qu’il me serait doux, plus tard, d'accompagner, de protéger ce visage, de vivre avec lui, de chercher sur lui la consolation de mes peines; j'appelais de toutes mes forces secrètes pour qu'il ne soit plus moisissure de pierre et je désirais tant qu'il se construisit charnellement dans l'air qu'au bout de très longs moments de silence et d’attente une forme vivante touchait mes yeux éblouis.
Jean Giono, Jean le Bleu
11 mai 2007
VADROUILLE ATLASSIQUE
...La suite ailleurs...






























