08 février 2009
Le rideau amnésique
06 juillet 2008
Tout interstice est faille qui s'ouvre dans le désir de voir...
Voilà une série d'images fondées sur la figure de l'interstice, de l'embrasure, de l'entrebâillement, de l'entre-deux, de l'interface entre deux mondes...Considéré en soi, chaque interstice dégage et entretient de façon inhérente une force d'écartèlement susceptible de casser tous les carcans qui l'environnent. Dans cette perspective, l'interstice est l'antidote de la peau de chagrin. C'est la fissure susceptible de ruiner le système...et la lézarde béante dans le mur de nos certitudes...
Ces images d'une grande banalité ont été réalisées presque à la sauvette depuis une fenêtre qui donne sur un couloir animé par un va-et-vient incessant. Cette ouverture comporte un certain nombre d'annonces et d'avis scotchés à même la vitre. Les traces de ruban adhésif brouillent les traits des personnes qui s'inscrivent dans les interstices...













Cliquez sur chaque interstice pour élargir la brèche...
20 juin 2008
Propédeutique de la poussière
Le propre de la poussière est de nous rappeler qu'à l'aune de nos analyses, elle est la plus fine. Plus légère qu'une plume, elle est à la fois terme et origine, passé et avenir. C'est Moïse qui avec sa manie de la prophétie nous surine lourdement que le grain de poussière est point de non-retour: "Tu es poussière et tu retourneras en poussière". Il n' y a à ma connaissance que Roland Bacri qui a pris la peine de répondre aux adeptes de cette mystique de la poussière: "Avant de me dire que né dans la poussière je redeviendrais poussière, ils devraient d'abord balayer devant leur porte!" Mais cette suggestion ne résout nullement nos problèmes car elle ne fait que déplacer la poussière vers la porte des voisins...et très souvent, c'est le vent qui s'en charge pour qu'elle atterrisse sur les façades vitrées de nos facultés et de nos certitudes...
A ce propos, la série de photographies de ce dossier a été réalisée dans un couloir doté de façades vitrées placées derrière un moucharabieh dont la composition de l'ensemble évoque une planche-contact !
En regardant individuellement chaque petit rectangle, j'ai pu déterminer l'origine de cette poussière! En fait, c'est tout simplement du sable du désert distant de quelques centaines de kilomètres qui est venu se déposer sur ces ouvertures vitrées! Bien plus, j'étais sidéré de constater qu'il y avait là devant mes yeux une sorte de paysage qui rappelle un amoncellement de petites dunes! L'ambiance suggérée par le flou de la prise de vue est celle du manque de visibilité qui caractérise une tempête de sable dans le désert !
En opérant, sur un mode métonymique, un va et vient visuel entre chaque petite ouverture et l'ensemble de la façade vitrée, il devient évident que le tout n'est pas la somme des parties. Chaque détail offre à nos yeux un infini à explorer...C'est un certain Mahmûd Shabestarî adepte de la mystique de la poussière qui disait : " Si tu examines chaque grain de poussière, mille Adam peuvent y être découverts..." . Personnellement, je préfère à cette réflexion fertile mais qui n'intéresse somme toute que le planning familial le pouvoir prophylactique qui réside dans cette formule attribuée à Pablo Picasso : " L'art lave notre âme de la poussière du quotidien " .
Ayant retrouvé le désert là où je l'attendais le moins, je pense qu'il est plus approprié de vous inviter à visualiser toute cette série d'images en allant ici
Mais je vous suggère de prendre quelques précautions! La poussière est pernicieuse! Mettez une housse à votre ordinateur et protégez vos yeux...
04 juin 2008
A mille lieues, sans doute, de la réalité
S'éveiller au bord de la nuit pour surprendre l'aube. Etre à l'affût du léger hâle qui teintera, bientôt, la façade voisine, piquée de ses quatre fenêtres aux volets blanchâtres, à moitié ouverts.
Accueillir ces naissances et timide lueurs qui émanent, graduellement, de l'immeuble horizon. Un horizon masqué par les tentures de pierre du paysage urbain.
Domiciliée dans une rue étroite et citadine, chaque matin, de mon lit, j'assiste aux premières jongleries du soleil sur le mur d'en face. Je découvre, sur l'enduit encore blême, un fragment de ce clair-obscur qui accédera, peu à peu, à la franche clarté.
A cette heure, on n'aperçoit personne. Même pas une ombre derrière les voilages opaques.
Captive du châssis de ma propre fenêtre, j'observe le bref espace du petit immeuble qui s'offre à ma vue. J'examine cette surface limitée et close. Elle se présente comme un écran, sur lequel se dérouleront bientôt les mouvements du soleil et l'animation de l'existence.
Selon le climat et les saisons, ce crépi se couvrira de toutes les variations, de toutes les subtilités de la mise à jour. Approche ténue, vaporeuse, des matins sur le point de naître.
Lentement, la vie reprendra racine.
Née des ténèbres, l'infaillible lumière, fidèle et quotidienne, enduira bientôt ce morceau de mur. Elle se réverbérera sur les vitres, tapissera le pignon, argentera ces étangs bleutés qui se dégagent par bribes du tissu nocturne.
Toutes cette pâleur se colore: les lamelles des volets deviendront carrément blanches, les vitres miroiteront, le zinc des chenaux s'enluminera dans l'attente de l'habituelle tribu des pigeons et de leur pataude démarche.
En quelques minutes le décor s'élucide.
Evidence du jour, extirpée des broussailles et des alarmes de la nuit.
Derrière les voilages, soudain plus transparents, des corps bougent. J'aperçois un torse d'homme. Je devine un bras d'enfant, un profil de vieillard. Des mains de femme écartent les volets. Je leur invente une histoire, à mille lieues, sans doute, de la réalité.Novice, la lumière hésite encore, avant d'entraîner les heures, par gradations et de reflets en reflets, vers l'éclat annoncé de midi.
Née des ténèbres, la lumière s'affirme, règne, dispose des pleins pouvoirs.
Puis, fidèle aux cycles, elle se dégrade, s'effrite; avant de sombrer dans la nuit. Fiable pourtant, comme l'espoir, la lumière expire pour mieux renaître, en de neuves et proches éclaircies.
Née des ténèbres, poème d'Andrée Chédid, in Lumière, revue autrement, n°125, 1991, pages 74-75
01 juin 2008
En plein dans le creux des apparences
29 avril 2008
Ivresse verticale
Toutes les images du dossier précédent "J'ai replongé dans la bouteille" s'inscrivaient dans un format horizontal (dicté par la forme du flacon utilisé et par le fait que l'horizontalité sied le plus souvent au paysage...). Voilà un petit supplément fait de cinq photos verticales.
21 avril 2008
Cela m'a plu !
...il a plu pratiquement tout ce week-end ! Cela a commencé dès la fin de l'après-midi du vendredi. J'étais garé à attendre l'arrivée d'un car quand il a commencé à pleuvoir sérieusement ! Les gouttes d'eau ruisselaient sur toutes les parois vitrées de la voiture...Il pleuvait vraiment des cordes et je n'arrivais pas à voir et à déchiffrer la plaque de la voiture jaune qui se trouvait à l'arrêt juste devant moi !
A travers le pare-brise, je reconnaissais au loin la masse sombre d'un arbre qui prenait l'allure d'une sorcière qui enfourchait son balai et en m'approchant davantage de la surface transparente je me suis rendu compte que chaque goutte de pluie constituait en soi une fenêtre ouverte qui reproduisait -sur un mode fractal- la même scène fantastique !
Les trombes d'eau ne faiblissaient pas et j'avais de plus en plus l'impression d'être dans un véhicule amphibie ! A bâbord, il y avait un immeuble de quatre étages qui prenait l'apparence d'un vaisseau fantôme ! Cette impression se confirmait à mes yeux de myope quand j'observais de façon tangente les trajectoires et les formes aléatoires des gouttes qui glissaient comme des limaces distordues sur la surface abrupte en verre...
Quand il pleut par ici, c'est souvent un bonheur ! Tant il est vrai que cette manne du ciel se fait bien rare au point de se faire prier ! Ses premières retombées sont les escargots ramassés et vendus dès samedi matin sur les marchés ! Ma récolte à moi, ce sont ces images que je vous invite à visualiser dans l'album " Pluie ".
18 avril 2008
La vie est bulle !
La chambre aseptisée perfuse le jour en vitrine
Des fruits cristallins nourrissent leurs arbres de métal
dans le paysage enfumé de linges blancs
L'enfant-bulle y gravite dans les regards étanches
Il a pour satellites les rêves gourmands de nos microbes
L'enfant-bulle s'endort au sein d'une parole
à l'abri de sa promesse diaphane
Assoiffé d'un clair-obscur distillé pour demain
il dévore la notion de soleil par des lampes
Combattant désarmé par ordonnance du vide
Hôte d'une ferveur mise en quarantaine dans les autoclaves
Prisonnier pâle d'un zèle téléguidé par les couleurs
il observe la loi des fantômes d'outre-verre
qui prennent souffle au ciel pollué de la vraisemblance
Il attend la main qui viendra la cueillir
pour affronter midi réel sans mourir de vérité
L'enfant-bulle intercepte les passes du néant
pour courir vers le but des ombres extérieures
Sur elles il devine les secrets foisonnants de l'espace
l'étrange force qui fait plier le mal par sa descendance
La guérison se forge comme une légende faisant grandir
où les virus périssent pour des souffrances totalitaires
La croyance est souvenir d'une attente désinfectée
C'est en voyant danser nos gestes silencieux
qu'il apprend les nuances de l'air
capable de porter les mots qui se respirent
C'est en déchiffrant la flambée des regards curieux
qu'il voyage au-delà des yeux qui font mûrir
L'enfant-bible s'allaite au glossaire de chiens et loups
pour comprendre le dialecte des éclaircies
Le risque devient l'enveloppe sans écailles
qu'un danger traverse comme le pansement d'une frontière
Des silhouettes opaques lèvent la vitre des images
sur l'être vacciné devenu leur semblable
La fièvre apprivoisée guide vers les premières caresses
Les orages de sa jeune chair enfin démontrée
Premier symptôme de la rédemption demeurée contagieuse
la voix qui meurt frisson appelle à naître éclair
Maurice Couquiaud, L'enfant-bulle, poème inédit, in Vagabondages, n°76, 1989
29 février 2008
Horloge solaire
Voilà mon repaire! Béni tous les jours ensoleillés par le même rai de lumière! Cette chambre qui fait office de bureau se trouve au deuxième étage de l'immeuble et donne sur une petite cour intérieure. La vue nullement affriolante butte contre l'angle des murs. Sur le rebord de la fenêtre, des plantes grasses tiennent la pose à chaque lever du jour...A bâbord, on aperçoit les fenêtres des habitations voisines.
C'est cette disposition architecturale particulière qui fait que la lumière s'insinue et glisse juste le long de l'angle du mur d'en face!
Ce faisant, selon les saisons, il me suffit de regarder mon rai de lumière pour lire l'heure! Sur l'image qui suit, mon horloge solaire indiquait précisément 14 H 30 !
Cliquez sur les images pour mieux lire l'heure!











































