Too Banal

L'aubaine de la Lumière, l'ébène des mots, le collyre du jour et le khôl des insomnies...

13 mai 2008

La septième face du dé

"L'image, écrit Yves Bonnefoy, produit de l'imaginaire, elle se prête à nos rêves et la photographie, qui est aussi une image, est donc moins la reproduction du monde que le point où celui-ci comme tel est "réfracté" par le songe, le carrefour où nous pourrons décider de lui préférer notre "moi" avec ses mythologies, ses pénuries, ses fantasmes." Une photo peut ainsi ouvrir sur le mystère et par là même s'ouvrir et ne plus risquer d'être unaire. L'évolution de Doisneau est, à cet égard, intéressante: "Avant, mon appareil de photo était un piège à images, écrit-il. Mes photos[...]étaient complètement fermées, prêtes à regarder, avec un début et une fin. Maintenant, mes clichés sont ouverts, ils s'efforcent d'évoquer un décor plutôt que de le décrire. Je n'impose plus une photographie, je la suggère et laisse les gens faire un bout de chemin avec. L'image est en kit, c'est à eux de la monter." Doisneau décrit donc le passage d'une imagination reproductrice à une imagination créatrice: il reprend, presque terme à terme, les réflexions de Bachelard et de Blanchot. Il y a art quand il y a imaginaire et liberté pour le créateur et pour le récepteur. Alors la photo peut être mystère: Joseph Sudek avait une formule qui éclaire bien cette position sur l'art et la photographie: "Raconter des histoires avec des objets inanimés, suggérer un mystère: la septième face du dé"

François Soulages, Esthétique de la photographie, Armand Colin, 2005, page 179

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28 mars 2008

La perte et le reste

"La photographie acquiert un peu de la dignité qui lui manque, quand elle cesse d'être une reproduction du réel et nous montre des choses qui n'existent plus."

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Bibliothèque de la Pléiade, tome1, page764.

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Cliquez sur les images pour leur rendre un peu de leur dignité...

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21 mars 2008

Engagement sans réserve dans le désordre insensé du monde

21 mars

Les formes d'art qui me sont le plus nécessaires sont toujours amenées, à un moment ou à un autre, à protester contre l'art, contre le mensonge de l'art (lequel mensonge peut aussi comprendre des procédures élitistes d'auto-négation). Réflexion que je me fais à propos de Louis-René des Forêts et de son entreprise vouée en quelque sorte, selon Blanchot, à faire de la littérature son propre objet, de façon à obtenir le silence par la parole : un silence non pas "simple", mais ouvertement inauthentique. L'expérience de la séparation et de la perte, dont la photographie est parfois considérée comme l'une des expressions privilégiées, est bien ce qui permet l'expérience poétique, laquelle n'est pas idéalisation, ni décoration, ni usage commode de métaphores ni invention de mystère. Elle est insistance inventive sur cette liaison brisée, et par là même elle est "anti-esthétique", si l'on entend le terme d'esthétique comme une réconciliation. Dans la photographie, il y a engagement sans réserve dans le désordre insensé du monde, dureté sans froideur, bonté sans pitié. Et je retrouve la thématique de l'indifférence. De Platon à Alhazen puis à Léonard, danse devant nos yeux le prodige d'une image qui se forme naturellement: le terme de "magia naturalibus" est utilisé par les savants du Quattrocento pour décrire le phénomène de la camera oscura . La machine ne fait que piéger cette magie, grâce à son pouvoir de capter un phénomène naturel par lequel le monde se redouble sous forme d'images. Et si ce phénomène est "naturel", c'est qu'il est indifférent à l'homme car susceptible de se produire en dehors de sa volonté. Il m'arrive de temps à autre, lorsque je fais une image, d'éprouver un bref instant cette étrange sensation qu'elle aurait pu se faire sans moi, ce qui est quasi impossible, non impensable (un appareil aurait pu se trouver là par hasard et déclencher à ce moment, etc.). On a pu parler avec raison, à propos de l'image photographique d'une image-acte. Mais cet acte est toujours légèrement marqué au sceau du non-acte. Le photographe, en somme, ne fait qu'aider l'image à se faire, en quoi il ressemble vaguement au magicien, qui détourne vers des fins voulues des processus non-voulus (ceux des phénomènes naturels). La photographie est une expérimentation sans science, au sens où chaque acte-image est le pari d'une combinaison inédite d'espace, de temps, de lumière, de chimie ou d'électronique. Peut-être la beauté photographique est-elle une beauté par émerveillement (en tant que l'émerveillement nous saisit devant un "phénomène") plutôt qu'une beauté par conformation esthétique. Et peut-être la beauté des images m'atteint-elle au moins autant sur un mode d'élégance intellectuelle (comme justement la beauté d'une "expérience") que comme cohésion performative. Chez Alvarez-Bravo, par exemple, il y a des images de torpeur spatio-temporelle, dans lesquelles le vide de l'epsace semble être soutenu par le ralentissement du temps, et qui évoquent quelque tentative alchimique de recombinaison.

Arnaud Claass, Journal de travail [20 février 1997 - 19 février 1998], Editions les imaginayres, pages36-37, 1999.

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arnaud_claassQuatrième de couverture
Dans ce journal, tenu pendant un an, Arnaud Claass consigne des idées ou des impressions liées à sa pratique quotidienne de photographe. Il y mêle descriptions, notes de voyage, souvenirs, réflexions sur la photographie - en tant que telle ou dans sa relation à d'autres arts, à la littérature, à la méditation -, questionnements sur son identité européo-américaine, considérations sur la pédagogie, etc.
Il se consacre alors à Patience, sa nouvelle série, marquée par le retour des grandes villes dans son univers visuel.
L'auteur y insiste : c'est bien d'un journal de travail qu'il s'agit : ses échappées - souvent humoristiques - dans des domaines en apparence éloignés de sa discipline, ne sont pas des digressions. Elles donnent la mesure d'une entreprise photographique, construction d'oeuvre autant qu'exercice spirituel et quête de dialogue, et qui fait d'Arnaud Claass l'une des figures les plus singulières de la création contemporaine.

       L'auteur vu par l'éditeur
Arnaud Claass est né à Paris en 1949. Son oeuvre est présente dans de nombreuses collections publiques, parmi lesquelles le musée national d'Art moderne (Centre Georges Pompidou), le fonds national d'Art contemporain, la maison européenne de la Photographie, le National Museum of Modern Art de Tokyo, le Museum of Fine Arts de Houston. Il enseigne à l'Ecole nationale de la photographie (Arles) et, comme artiste invité, à 'International Center of Photography (New York) ainsi qu'à l'École des arts appliqués de Vevey (Suisse).



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11 mars 2008

A côté de la plaque

"Le crime commis par la photographie envers la réalité serait parfait s'il ne laissait pas de trace".

Gaston FERNANDEZ CARRERA, La photographie le néant, PUF, 1986 page 9.

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Cliquez sur les images pour ne pas passer à côté de la plaque !

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01 mars 2008

Et puis plus rien...

" Une photo ? C'est l'instant qui s'arrête, les sentiments qui demeurent et la vie qui s'en va "
(Jérôme Touzalin)

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21 février 2008

PREVISION

J'ai reçu dernièrement une longue liste de citations en relation avec la photographie. De mon côté, j'ai acquis au fur et à mesure de mes lectures des centaines et des centaines de pensées lumineuses à propos de la chambre noire. Et c'est comme ça que m'est venue l'idée de les illustrer par une image! Première tentative...et première citation!

[Que de gens ont voulu se suicider, et se sont contentés de déchirer leur photographie!]

Jules Renard,Journal, 29 décembre 1889



Question : avez-vous déjà eu le courage de déchirer la votre ? En tout cas, rassurez-vous, ce n'est qu'un exercice d'illustration! Je ne fais partie ni des premiers ni des seconds et je ne prévois nullement d'attenter à ma précieuse vie ! 


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