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" Que les soldes soient devenues un événement national, désormais, au même titre que la rentrée des classes, les migrations d'été ou la date limite de la déclaration de revenus, montre crûment notre degré de servitude à des besoins dont on n'est pas certain qu'ils soient vraiment les nôtres. Comment ne pas s'interroger devant ces magasins qu'on ouvre à l'aube, ces files d'attente dans le froid, devant ces malabars régulant l'accès des magasins pris d'assaut ? Femmes piétinant sur place comme des bêtes d'abattoir devant les "promotions d'enfer". Pour quelle chimère ? Quel "supplément d'être" ? Quel espoir de rajeunissement, de reconquête ? Comment ne pas les plaindre ? Et lorsque deux d'entre elles se disputent une pièce, comment ne pas être saisi par l'agressivité sous-jacente, les pulsions de meurtre sous l'envie d'achat ? Comment ne pas noter l'absence de sourire en ces lieux ? Les femmes qui "font" les soldes ne sourient plus et respirent à peine. Plus j'achète moins je jouis, me disent ces regards d'emmurées vivantes, ces gestes saccadés d'esclave répondant à des pulsions façonnées, calibrées, greffées par d'invisibles maîtres. Univers carcéral que ces lieux parquant les femmes devant des tombereaux de vêtements à "prix sacrifiés", des amoncellements de souliers, de collants, de lunettes. Visions sinistres à l'aune de l'Histoire.

Quand je m'y perds -cela m'arrive, femme je suis, femme de ce siècle-, me toise, valsant entre les cintres, une version tangible du néant"

Néant tangible, texte extrait de "Petit éloge du sensible", Elisabeth Barillé, Folio, Gallimard, 2008.

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Ouverture du magasin H&M à Toulouse