Dans les premières lignes de l'avant-propos à son livre "Le boîtier de mélancolie", Denis Roche écrivait : "La photographie est la rencontre d'un temps qui passe sans s'arrêter et d'un temps qui ne passe pas, qui ne ressemble à rien parce qu'il ne nous appartient ni de le matérialiser ni de le commenter. Du premier, nous ne sommes jamais que le sable et le solde, du second, nous ne sommes que la transparence.
Peut-on se contenter de dire qu'ils se rejoignent ? Non. Ils se coupent et, de cette coupure qui rase le front de nos vies, s'écoule le sang de notre art. C'est là que s'agite doucement, parce qu'elle continue, la mélancolie qui nous a faits à la fois sable et transparence, tandis que nous construisions le monde  à mesure qu'il se défaisait sous nos yeux (...)".

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Les photographies issues de cette dernière série expérimentale chamboulent complètement cette séparation entre les deux types de temporalités. Le temps d'obtention des images n'est plus, dans ce cas,  mesuré à l'aune d'un instantané qui n'excède point une fraction de seconde. Le déclic est mis hors jeu. Le continuum temporel reprend ses droits puisque l'obturateur demeure ouvert durant toute la durée nécessaire au réembobinage des 36 poses du film négatif. Cette extension du temps m'ouvre l'excitante possibilité d'expérimenter une triple exploration :  de l'espace, des formes et des couleurs.
Le résultat, je vous l'avoue, est tout à fait imprévisible. Les accidents nombreux. Mais très souvent, j'assiste émerveillé à l'apparition d'un univers ou d'un "effet d'univers" pour reprendre une expression qui fonde la philosophie photographique d'un Henri Van Lier.

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