Quand il m'arrive de remonter relativement loin dans mes souvenirs, je me rappelle d'une soirée mémorable où nous avions reçu chez nous pour dîner un couple d'amis en compagnie d'une femme de leur connaissance. Cette dernière était psychanalyste.
Une fois à table (par contre, je ne me rappelle pas du tout ce que j'avais préparé et servi comme douceurs pour la circonstance!), nous avions parlé de tout et de rien. Et de fil en aiguille, la discussion avait porté sur les ânes de la médina. Sur leur indispensable présence dans la plus grande zone piétonne du monde! Sur les services qu'ils rendent à plusieurs corps de métier. Sur le nombre de familles qu'ils font vivre. Sur les sévices et les mauvais traitements à coups de bâtons qu'on leurs inflige...etc.
Et c'est tout naturellement que j'avais évoqué  mes souvenirs de collégien. J'avais raconté que pour me rendre à mon collège, il me fallait quand la circulation était fluide un bon petit quart d'heure à pied mais que lorsqu'il y avait des bouchons interminables occasionnés par des ânes chargés comme des mules et qui se croisaient dans une ruelle étroite

interdit_aux__nes(inutile d'ajouter que les autorités compétentes de l'époque n'ont jamais eu l'intelligence de mettre en place un code de circulation ad hoc et des policiers pour gérer la circulation des ânes à ces points névralgiques de la médina! Aujourd'hui, il existe bel et bien une police montée qui est surtout montée contre une certaine catégorie des humains!), il me fallait coûte que coûte pour ne pas arriver en retard au collège et subir le courroux du directeur exécuter une bonne petite gymnastique qui consiste à faire la révérence à l'âne, à me plier comme un contorsionniste en quatre et à me faufiler entre ses pattes! L'exercice n'était pas sans risque et il fallait rester vigilant pour ne pas recevoir une bonne ruade au passage !

C'est là dessus que notre psychanalyste a ouvert sa bouche pour m'apostropher : "eh! bien! ça t'a réussi !..."
Cette boutade est remontée à la surface de ma mémoire quand je me suis rendu compte que je prenais des photos des ânes en cadrant la scène à hauteur de leurs pattes! Un cadrage original qui nous rappelle que l'Homme oublie très souvent qu'il est un animal...
L'une des premières photos qui a été postée dans ce blog avec ce cadrage singulier se trouve ici en tête des images qui illustraient mon billet "Moroccan Beauty". Pour vous dire à quel point l'âne est l'un des parangons de la beauté!  J'essaye en le cadrant ainsi de lui rendre un vibrant hommage et de laisser à d'autres le soin de le photographier en plongée pour une éventuelle publication : "Les ânes vus du ciel"...

Je me rappelle également qu'une fois j'avais suggéré à un haut responsable influent de l'équipe de foot locale d'adopter une appellation d'origine contrôlée : celle des "ânes de Fès", en prenant de la graine sur l'équipe nationale qui se fait appeler "les lions de l'Atlas" (à tort, puisqu'il n' y a plus de lion nulle part au Maroc! Mais cela peut se comprendre quand on sait que le foot chez nous est encore un sport à l'état fossile)...

Mon interlocuteur qui n'est pas né dans une étable m'a répondu  sur un ton qui ne souffre point l'humour : "garde tes âneries pour quelqu'un d'autre"! Dommage, parce que l'âne est véritablement l'emblème et l'image de marque de notre ville! Les ânes sont des membres à part entière de la cité. Ils font partie de notre décor quotidien et ils figurent en bonne place sur les cartes postales (cliquez sur la première image et vous allez vous rendre compte que sur 8 cartes postales, 4 sont dédiées à notre baudet national !). Les ânes savent créer l'évènement! Les ânes font vendre ! Les ânes sont un créneau porteur de notre économie locale! Cela tombe bien, les touristes en raffolent! Les ânes semblent l'avoir compris! Dès qu'un âne voit un groupe de touristes armés jusqu'aux yeux d'appareils photographiques, il se plante au milieu , se tient altier  et pose fièrement en dressant ses grandes oreilles..un peu à la manière de nos hommes politiques et de nos stars  sous les feux des flashs et des projecteurs durant une conférence de presse...

Des fois, quand cette vedette à quatre pattes trouve une touriste à son goût, il lui en pousse une cinquième!  Bon pour une fois, soyons fair play et reconnaissons que la différence est de taille et que la comparaison nous est indiscutablement défavorable...

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L'âne dans nos contrées ne se la coule pas douce. En ville, il n' a même pas droit à la parole. Il est littéralement  brimé et bâillonné. Et ce de la plus triste des manières. On récupère un bidon d'huile de cinq litres. On le coupe en deux. On bricole sur la moitié du fond des ouvertures latérales, on lui fixe des ficelles et on l'attache derrière les oreilles de la pauvre bête! Mais l' âne trouve toujours le moyen de sexe primer! A bon entendeur, salut...

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