Too Banal

L'aubaine de la Lumière, l'ébène des mots, le collyre du jour et le khôl des insomnies...

13 mai 2008

La septième face du dé

"L'image, écrit Yves Bonnefoy, produit de l'imaginaire, elle se prête à nos rêves et la photographie, qui est aussi une image, est donc moins la reproduction du monde que le point où celui-ci comme tel est "réfracté" par le songe, le carrefour où nous pourrons décider de lui préférer notre "moi" avec ses mythologies, ses pénuries, ses fantasmes." Une photo peut ainsi ouvrir sur le mystère et par là même s'ouvrir et ne plus risquer d'être unaire. L'évolution de Doisneau est, à cet égard, intéressante: "Avant, mon appareil de photo était un piège à images, écrit-il. Mes photos[...]étaient complètement fermées, prêtes à regarder, avec un début et une fin. Maintenant, mes clichés sont ouverts, ils s'efforcent d'évoquer un décor plutôt que de le décrire. Je n'impose plus une photographie, je la suggère et laisse les gens faire un bout de chemin avec. L'image est en kit, c'est à eux de la monter." Doisneau décrit donc le passage d'une imagination reproductrice à une imagination créatrice: il reprend, presque terme à terme, les réflexions de Bachelard et de Blanchot. Il y a art quand il y a imaginaire et liberté pour le créateur et pour le récepteur. Alors la photo peut être mystère: Joseph Sudek avait une formule qui éclaire bien cette position sur l'art et la photographie: "Raconter des histoires avec des objets inanimés, suggérer un mystère: la septième face du dé"

François Soulages, Esthétique de la photographie, Armand Colin, 2005, page 179

fissureW

Posté par Too Banal à 09:57 - Citation photographique - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

Alors j'espère que mes photos ouvrent à l'imaginaire.. Souvent, je découvre autre chose, au delà... même si l'objectif capte ce que mon regard conscient ne capte pas forcément, je découvre alors c'est mon inconscient qui m'a poussée à faire telle ou telle photo !
Merci de ce billet. Merci de m'ouvrir l'esprit.

Posté par Cendra, 13 mai 2008 à 13:52

avant de mettre mes lunettes j'ai eu l'impression que ce qui semble couper ce mur( est ce bien un mur?) en deux, est une mince branche orpheline rebelle ou rêveuse qui s'en va comme ça, loin de ses origines vers l'horizon!
et puis , après mes lunettes !: ah c'est la fracture , une fracture têtue, jusqu'au bout.
qui mène où finalement?

Posté par dija, 13 mai 2008 à 16:47

Le végétal...

... et sa résistance fracturée, ses excroissances en tous sens, tu en captes l'âme et l'altérité avec une curiosité fabuleuse ! Ici comme ailleurs. Et tu cites Sudek qui est, dans ma bibliothèque, un rêveur aux yeux précis, au regard dynamique !
Bon, voilà, j'adore cette photo, tout simplement !

Posté par Fugitive, 13 mai 2008 à 18:49

Je n'impose plus une photographie....

"Photo ouverte, suggestion, laissant la personne faire son bout de chemin avec, photo mystère."
Je n'avais guère réfléchi à cet aspect de la photographie, rejoignant par là, l'écriture des haïkus!
Merci, too banal, de souligner l'intérêt d'une "imagination créative" et d'ouvrir cette voie!

Posté par mima, 13 mai 2008 à 20:30

Commentez, critiquez, venez découvrir mon nouveau univers photographique. Avec une meilleur présentation pour une meilleur accueil. Toujours autant de mise à jour avec plein de nouveau endroit à découvrir ou redécouvrir ! J'ai besoin de notre avis pour avancer dans ce monde de la photographie qui me passionne !

Alors rendez vous sur : http://blogs.virusphoto.com/zoomouvert/ http://blogs.virusphoto.com/equestrephotographie/
J'espère vous voir encore plus nombreux sur cette galerie, je vous remercie à tous de vos visites !N'hésitez pas à mettre cette nouvelle adresse dans vos favoris !

P.Denis (56)

Posté par P.Denis (56), 14 mai 2008 à 09:20

Je peux emprunter quelques uns de tes coquelicots pour faire une compo ?

Posté par Cendra, 14 mai 2008 à 10:22

Bonjour Cendra!

Ici c'est un libre service! Prends ce qui te plaît!
T'as remarqué que les images ne portent aucune indication de copy right et c'est exprès.
En général, j'estime que ce qui prime dans un blog c'est le partage. Et je vous avoue que lorsque je tombe sur un blog dans lequel les images portent comme une grosse tache le nom de l'auteur (à l'ego démesuré) de la photo qui nous signifie ainsi :"attention! chasse gardée"...et bien je change illico de blog...
A bientôt...

Posté par photoeil, 14 mai 2008 à 11:39

P.Denis: j'ai été voir

les deux liens que tu as laissés. Je préfère le premier.
Je ne suis pas fan des champs de course et de l'équitation...
J'ai toujours aimé voir les chevaux en liberté totale et je ne comprends pas ce "sport". Mais je comprends très bien que certains adorent monter à cheval!

Posté par too banal, 14 mai 2008 à 11:46

Merci... Parfois, je laisse mon nom sur certaines photos... Mais c'est pas par égo, seulement, j'aimerais peut-être utiliser professionnellement mes photos un jour.

Posté par Cendra, 14 mai 2008 à 18:42

Baudelaire

Dans le même ordre de votre idée, Baudelaire dans "Le Salon de 1859" déplore la "paresse d'imagination" des peintres qui les empêche d'atteindre la vérité en Art parce qu'ils ignorent le mentir-vrai. Baudelaire conclut par ces lignes: "Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m'imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers. Ces choses, parce qu'elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai; tandis que la plupart de nos paysagistes sont menteurs, justement parce qu'ils ont négligé de mentir."

Posté par interabie, 14 mai 2008 à 22:05

Interabie : je n'ai pas eu

de réponse au mail que je t'ai adressé. je mets le livre à ta disposition. A bientôt...

Posté par too banal, 14 mai 2008 à 22:22

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