La chambre aseptisée perfuse le jour en vitrine
Des fruits cristallins nourrissent leurs arbres de métal
dans le paysage enfumé de linges blancs
L'enfant-bulle y gravite dans les regards étanches
Il a pour satellites les rêves gourmands de nos microbes
L'enfant-bulle s'endort au sein d'une parole
à l'abri de sa promesse diaphane
Assoiffé d'un clair-obscur distillé pour demain
il dévore la notion de soleil par des lampes

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Combattant désarmé par ordonnance du vide
Hôte d'une ferveur mise en quarantaine dans les autoclaves
Prisonnier pâle d'un zèle téléguidé par les couleurs
il observe la loi des fantômes d'outre-verre
qui prennent souffle au ciel pollué de la vraisemblance
Il attend la main qui viendra la cueillir
pour affronter midi réel sans mourir de vérité

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L'enfant-bulle intercepte les passes du néant
pour courir vers le but des ombres extérieures
Sur elles il devine les secrets foisonnants de l'espace
l'étrange force qui fait plier le mal par sa descendance
La guérison se forge comme une légende faisant grandir
où les virus périssent pour des souffrances totalitaires
La croyance est souvenir d'une attente désinfectée

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C'est en voyant danser nos gestes silencieux
qu'il apprend les nuances de l'air
capable de porter les mots qui se respirent
C'est en déchiffrant la flambée des regards curieux
qu'il voyage au-delà des yeux qui font mûrir
L'enfant-bible s'allaite au glossaire de chiens et loups
pour comprendre le dialecte des éclaircies
Le risque devient l'enveloppe sans écailles
qu'un danger traverse comme le pansement d'une frontière

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Des silhouettes opaques lèvent la vitre des images
sur l'être vacciné devenu leur semblable
La fièvre apprivoisée  guide vers les premières caresses
Les orages de sa jeune chair enfin démontrée
Premier symptôme de la rédemption demeurée contagieuse
la voix qui meurt frisson appelle à naître éclair

Maurice Couquiaud, L'enfant-bulle, poème inédit, in Vagabondages, n°76, 1989